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Le chômeur, ce fainéant bien utile

«  C’est évident, les chômeurs on leur donne beaucoup trop d’argent. Nous les payons à ne rien faire. Si on limitait les allocations de chômage dans le temps, au moins ils seraient plus motivés à chercher. Ils gagnent de trop, pourquoi chercheraient-ils un emploi   !  ? ».

Vous aussi vous avez déjà entendu prononcer ces mots   ? Peut-être même les avez-vous utilisés   ? Ces lieux communs résument très bien l’image « du chômeur » dans la société, les discriminations d’ordre idéologique les plus répandues.

Il est inutile, parasite, on fait bien trop pour lui. On lui fait la charité et il ne le rend pas. Ils sont pourtant basés sur des préjugés dénués de fondements objectifs et relèvent plus du lavage de cerveau que du bon sens.

Parlant de discriminations, tentons de les définir. La tâche n’est pas si simple, tant elles sont nombreuses et ancrées culturellement dans une société où le travail a été depuis des dizaines d’années instauré comme une valeur. Cette valeur est, dans les faits, plus importante aux yeux de nombreuses personnes que les Droits de l’Homme eux-mêmes.

Je classerais, pour « simplifier » ces discriminations en deux catégories   : (1) les discriminations idéologiques répandues par l’éducation et la « culture » du travail, que l’on peut ressentir dans les dynamiques sociales, (2) la discrimination institutionnalisée, officielle et légiférée.

Les deux sont intimement liées puisque la première sert généralement de base à la seconde pour faire passer des lois antisociales (et anti chômeurs) sans que personne ne se pose la question « y-a-t’ il des faits objectifs justifiant cette différence de traitement envers les chômeurs   ? ». Une troisième discrimination, qui est un « effet indirect » est (3) un isolement de fait du chômeur au sein de la société de consommation.















La discrimination d’ordre idéologique, vous la vivez de la manière la plus banale quand vous rencontrez un ami après 1 an et qu’il vous demande « Tu fais quoi maintenant   ? », c’est humiliant de répondre « Hé bien, je cherche toujours du boulot   ! ». La réaction est généralement de l’ordre de la surprise « pas encore   ? » et les gens vont chercher à vous trouver des solutions (« et tu cherches beaucoup   ? Tu as essayé dans tel secteur   ? ») plutôt que de se poser des questions sur le problème de fond   : l’absence d’emploi.

D’autre part, ils oublient qu’un chômeur peut être actif, créatif et vivant par d’autres voies que le marché de l’emploi   : bénévolat, mouvements de jeunesses, activités artistiques, sport, … Pourquoi notre identité se résumerait-elle à notre emploi   ?

L’amalgame vient à mon sens de la confusion entre emploi et travail/utilité sociale. Pour effectuer un travail bénéfique à la société, nous n’avons pas besoin d’un emploi. L’emploi n’est que le transfert et la reconnaissance d’un travail sur le « marché de l’emploi ».

Il conditionne l’utilité sociale à la loi capitaliste de l’offre et de la demande. Le corollaire de cette vision du travail est que l’on prive des milliers de travailleurs de fait (personnes actives, créatives, « utiles »,…) d’une reconnaissance sociale, mais aussi d’un revenu décent lorsqu’on s’affaire à diminuer leurs allocations et leurs droits.

On assiste en effet à toute une ribambelle de lois et programmes antisociaux basés sur du vent  : « l’accompagnement » du chômeur, le statut de cohabitant, le stage d’attente, la nouvelle loi sur la dégressivité des allocations de chômage et la limitation dans le temps des allocations d’insertion (article 63 §2 de l’A.R. du 25 novembre 1991 portant sur la réglementation du chômage, modifié en décembre 2011), qui diminue encore les allocations pour les chômeurs « longue durée » et qui limite effectivement le droit aux allocations d’insertion à une période de 36 mois, ce qui aura pour effet d’exclure environ 35000 personnes du droits à ce revenu au 1er janvier 2015.

Les mesures de contrôles de recherche d’emploi et de contrôle à la fraude (y compris précédemment les contrôles de domicile, qui reviendraient à la mode). Les « PLANS d’aides à l’emploi »   : APE, ACTIVA, WIN-WIN, PFI, ROSETTA, … En fait aides à l’employeur et statuts précaires pour le travailleur.

Ce que peu de ces travailleurs savent en revanche, c’est que les aides financières accordées aux employeurs pour ces plans sont prélevées sur la sécurité sociale. La majorité de ces travailleurs ne cotisent donc même pas pour la sécurité sociale et donc non plus pour les chômeurs…

Dans la réalité, on est donc bien loin du cliché du « je travaille, donc je paye ton chômage pour que tu puisses rester à ne rien faire ». Les autres préjugés tombent à l’eau dès lors que l’on observe les statistiques officielles   : d’après le Service public fédéral Emploi, Travail et Concertation sociale lui-même, il y a en Wallonie 40 demandeurs d’emploi par emploi vacant en 2012.

On met donc une pression dingue sur les gens en leur disant de chercher du travail et de le faire d’autant mieux qu’il n’y en a pas… Vous avez dit schizophrène   ?

Enfin, une des grandes conséquences de ces discriminations (idéologiques et institutionnalisées/légiférées) est un isolement social du chômeur. D’une part parce qu’il est mal vu par la société, d’autre part parce que lui-même finit par se sentir coupable de sa situation.

De plus, dans une société où travail utile égal emploi, le réseau social se construit et s’entretient avant tout au travers de l’emploi. Enfin, n’oublions pas que nous vivons dans une société de consommation. Socialiser coûte. Il faut prendre le train pour retrouver ses amis, il faut pouvoir se payer telle soirée, payer un verre à untel ou une telle…

Alors, les chômeurs, parasites fainéants ou boucs émissaires faciles en temps de « crise économique », tout comme le sont, tour à tour, les fonctionnaires, les enseignants, les étrangers, les jeunes délinquants, les gens qui prennent leur pension « trop tôt » …   ?

Et si nous cherchions les vraies causes, les vrais responsables, pour lesquels tous les citoyens belges et européens sont plongés dans les mesures d’austérité   ? Les entrepreneurs peu scrupuleux (dois-je rappeler le cas Mittal   ?), les dirigeants qui acceptent leurs chantages, les banques qui ont plongé le monde entier en crise depuis 2008 (et pas seulement), les limites du modèle capitaliste… Et enfin notre propre responsabilité en tant que citoyen   : accepterons-nous encore docilement ces mesures antisociales sans réagir   ?

Jeffrey Willems
écolo j

 


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